| Carnet de Zénon
De paradoxes en apophtegmes |
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| Publié le lundi 24 février 2003" En y réfléchissant, on comprend l'émotion de l'automate de Koenigsberg et le mouvement qui le poussa vers la porte par laquelle arrivait le courrier de France. Sans doute, la Révolution de 89 lui apparut-elle, dans l'ordre social, comme le triomphe d'une idée morale qui lui était chère : celle de la valeur de la personne humaine. Cette curiosité fut d'ailleurs la seule qu'on lui vît se permettre au cours de sa longue vie égale. Il était assez naturel que le philosophe de la Raison Pure prêtât quelque attention à l'avènement de la Déesse Raison. Ni fâché, ni bourru, il était M. le Professeur Emmanuel Kant de l'Université de Koenigsberg, la ville où il était né en avril 1724, où il mourut en février 1804, sans jamais s'en éloigner, sans la connaître certainement dans toutes ses parties bien qu'elle ne fût pas très importante, car il s'en tenait toujours au même itinéraire et aux mêmes endroits. Chaque jour et par tous les temps, à la même heure on le voyait sortir pour la même promenade. Il arpentait doucement une allée bordée de tilleuls qui longeait le Spregel, faisait le même nombre de pas, et rentrait chez lui. Jonathas, un ancien militaire ordonné et dévoué qui tenait sa maison, le suivait à distance, portant toujours sous le bras un parapluie. S'il venait à pleuvoir, il abritait le philosophe qui n'avait à interrompre ni sa méditation, ni l'exercice quotidien qu'il s'imposait. Ce domestique lui était fort précieux. Il s'entendait, comme les vieux soldats à toutes sortes de choses, dans un intérieur. Il savait coudre, frotter les meubles, faire le lit et la cuisine, laver le linge. Son maître ne devait pas être difficile et n'était ni épicurien, ni gastronome. Jonathas lui fricotait sans doute de pauvres ratas, un ordinaire monotone, et d'ailleurs Kant pesait ses aliments afin de consommer la même quantité de nourriture. Il était vêtu avec décence, toujours de la même façon. Il portait un habit noir, une chemise à jabot, et ses manchettes étaient fort convenables. Comme il n'eut pas accepté de se laisser déranger par un tailleur, quand son habit se faisait trop vieux, Jonathas en commandait un, tout à fait pareil, sans le lui dire, et pendant qu'il dormait, il accrochait le neuf à la place de l'ancien. Kant ne s'en aperçut probablement jamais. Il s'en remettait à son domestique pour toutes les choses de la maison.Au début de chaque mois, il lui donnait la somme d'argent nécessaire à l'entretien de son morne et modeste ménage, sans exiger de comptes. Lorsqu'il fut célèbre, on le visitait beaucoup et de nombreux admirateurs frappaient à sa porte, mais le fidèle Jonathas veillait et savait les éconduire. Monsieur le Professeur ne recevait pas. Il arrivait pourtant que des grands de ce monde, comme on disait, des altesses sérénissimes, des principules de la Confédération germanique vinssent solliciter une entrevue et l'on ne pouvait guère les éconduire. Faisant allusion aux plaques de brillants, aux décorations qui scintillaient à leur poitrine, Kant appelait ceux-là : les curieux à crachats, et, pour satisfaire leur envie de le voir, il sortait de son cabinet, demeurait un moment sur le seuil, saluait courtoisement sans pronocer un mot et retournait à ses travaux pareil au Jaquemart des horloges qui exécute sa corvée, exact, en silence, et rentre dans la niche du vieux clocher. Ceux qui se sont attachés à son existence sans événements, affirment qu'il connut l'amour. Il eut un faible pour une jeune fille à qui il ne déplaisait pas, mais il était pauvre comme elle et gagnait tout juste sa vie, en donnant des leçons à la Faculté. Ayant fait son calcul et tout examiné minutieusement, il jugea impossible de se mettre en ménage. Il communiqua sa décision à la jeune fille en larmes qui ne tarda point à se marier et il rentra paisiblement chez lui. Ce n'était pas un amant romantique ; il ne prit pas le ciel et la terre à témoins de sa douleur, mais il fit une chose extraordinaire pour lui puisque c'était une chose inacoutumée : le soir du jour où il rompit ses fiançailles, il s'assit devant sa table, dans sa pauvre chambre, sans lire, sans écrire un mot, sans travailler ! Le lendemain, il revint à ses habitudes, à la règle qu'il ne transgressa jamais, et il mourut à quatre-vingt ans, ne connaissant de l'amour que ce timide et malheureux prélude, et n'ayant sans doute jamais osé embrasser sa fiancée..."
Bientôt, et dans la même veine, La vie tumultueuse de Baruch Spinosa : ses audaces, ses passions, ses amours... ( Écrit avec Movable Cat - version 1.00 - bien installé sur mes cuisses)
Par zénon • 2003-02-24 21:21:04 Permalien | Ajouter un commentaire • Beaux textes Hier soir, ma compagne et moi écoutions une belle pièce de piano classique. Ce piano avait un son curieux et j'ai pensé un instant qu'il s'agissait d'un clavecin. J'aurais dû me taire : ma femme est musicienne, le piano est son instrument. Et l'animateur a confirmé son jugement. Mais cette petite discussion nous a amené à fouiller dans un dictionnaire de musique ( version papier) nous y cherchions le clavecin et cela nous a amené à clavicorde, épinette, virginal, psaltérion...instruments qui furent détrônés par le forte-piano qui, on le sait devint le piano. D'où ce matin une recherche sur Internet du côté de la musique et de la musicologie. Une première trouvaille, de taille: Références en musicologie . Alors là, mais alors là...j'ai passé beaucoup de temps dans les sections Fiches thématiques et Textes numérisés. Dans cette dernière section j'ai pu y lire le texte d'Umberto Eco, L'oeuvre ouverte et le texte de Glenn Gould, Introduction au Clavier bien tempéré ( Gould était tout autant philosophe de la musique qu'interprète). Petit, moyen ou grand intérêt pour la musique, ce site, si vous ne le connaissez déjà a quelque chose pour vous. De là je suis allé sur le site Reconstitution où j'ai pu voir un psaltérion et comprendre quelque peu son fonctionnement. Et en troisième lieu, le Musée Virtuel Canada où j'ai eu accès à des ressources musicales pour enseignants ( section musique ) Mais cette fois je ne vous guide pas, je vous laisse chercher et trouver, hé hé hé... Puis, par de curieux détours de ma pensée, je suis arrivé sur un site qui s'appelle Antidico ...Ce n'est pas qu'il soit contre quoi que ce soit, c'est qu'il recense des mots absents des dictionnaires en un seul volume. Mots abondamment utilisés dans le journalisme français, semble-t-il. Et la Dame Rousse m'a donné de grandes joies en ce jour, surtout avec les billets Philoctetes et Racines. La suite et la fin de La vie minérale d'Emmanuel Kant ce soir, au plus tard demain.
Par zénon • 2003-02-24 16:47:08 Permalien | Ajouter un commentaire • Sites particuliers |
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